L’expédition océanographique Tara déniche des trésors…

Article source: http://www.futura-sciences.com/

Par Jean-Luc Goudet, Futura-Sciences

… scientifiques. Tara Oceans n’est pas partie retrouver des vieux galions mais ses équipages ont étudié 133 stations et en ont analysé la richesse biologique. Au terme de la deuxième année (il en reste une), le bilan est particulièrement riche, avec de nouvelles espèces de coraux, le constat de leur – assez bonne – résistance à la hausse des températures, une meilleure connaissance du plancton et une analyse de la fécondation de l’Atlantique sud et celle du Pacifique par les Marquises…

Le voilier Tara se trouve actuellement à San Diego, sur la côte Pacifique des États-Unis mais c’est à Paris que les responsables de l’expédition Tara Oceans ont fait le bilan de deux années d’explorations des océans, de la Méditerranée au Pacifique en passant par l’océan Indien et l’océan Atlantique. Aux deux tiers du voyage, qui se terminera à Lorient en mars 2012, ce bilan est déjà digne des grandes expéditions océanographiques, démontrant au passage que notre connaissance des océans est encore limitée.

Parmi les beaux résultats de l’expédition, qui a mobilisé une centaine de scientifiques, figure le travail peut-être le moins médiatisable : la métagénomique du plancton microscopique, notamment du phytoplancton (des végétaux), des bactéries et même des virus. Il y a peu d’années que l’on étudie ces microorganismes marins, qui jouent un rôle considérable mais très mal connu. La vérité est que l’on ignore l’essentiel de la flore bactérienne océanique qui s’étale en deux dimensions tout autour de la Terre. Quant aux virus, ils sont encore moins bien connus.


Le voilier Tara est actuellement à San Diego où l’équipage lui offre une opération carénage. © J. Capoulade/EMBL/Tara Oceans

La métagénomique au service des océanographes

La recette de la métagénomique est simple dans son principe : dans l’échantillon d’eau de mer, séparer les organismes selon leur taille ; au laboratoire, utiliser les outils de séquençages de l’ADN ; lister les gènes présents ; comparer avec les résultats d’autres stations de prélèvements. On peut ainsi, sinon détailler la liste des espèces une à une, au moins avoir une bonne idée de la flore et de sa diversité pour la comparer entre différents endroits.

On peut aussi se pencher sur les gènes et tenter d’en comprendre la fonction. Les résultats de Tara Oceans, expliquent ses responsables, montrent « une diversité étonnante des contenus en gènes, notamment au niveau du phytoplancton. La plupart des gènes observés sont totalement inédits, surtout pour le phytoplancton non bactérien, et codent des fonctions inconnues ». Entre les océans Atlantique sud, Antarctique et Pacifique sud, les océanographes observent une très grande diversité d’espèces, notamment pour les diatomées (des algues unicellulaires) et les cocolithophores (modestes algues unicellulaires carapaçonnées de calcaire, à qui l’on doit notamment les falaises de calcaire des côtes de la Manche, et d’ailleurs). De leur côté, les virus montrent des populations plus homogènes.


Un dinoflagellé, frêle organisme du phytoplancton mais d’une grande importance dans les écosystèmes marins. © J. Capoulade/EMBL/Tara Oceans

La biologie des cyclones d’Agulhas

Les océanographes de Tara nous parlent aussi de fécondation : celle des eaux de l’Atlantique sud par les microorganismes venus de l’océan Indien. Un courant froid qui coule vers le sud, le long de la côte est de l’Afrique (le courant de Mozambique) rencontre les eaux antarctiques au large du cap de Bonne espérance et remonte ensuite dans l’Atlantique. C’est le courant, ou fuite, des Agulhas (aiguilles en portugais, du nom d’un cap en Afrique du Sud). Il s’y forme des courants circulaires encore mal compris mais d’une grande importance pour la machine climatique et pour les circulations d’organismes vivants entre les deux océans.

Enfin, dans le Pacifique, l’équipage du voilier a étudié l’enrichissement en plancton au large des îles Marquises. Alors que le plancton est rare aux alentours, ces îles alimentent les eaux en fer, en azote et en matière organique, stimulant la croissance du phytoplancton (à la manière dont les déchets azotés venus de Bretagne verdissent les eaux côtières). La compréhension de cet enrichissement est d’un grand intérêt pour celle des écosystèmes (n’a-t-on pas déjà tenté d’ensemencer des régions océaniques en fer sans trop savoir ce qui allait advenir ?).


Le corail : une colonie d’animaux mais aussi, à l’échelle d’un récif, un milieu particulièrement riche et sensible aux variations de températures de l’eau. © A. Amiel / Kahika i/ Tara Oceans

Tara apporte une nouvelle plutôt bonne : les coraux, en plusieurs endroits, résistent « assez bien » à la hausse des températures des eaux. La moitié des massifs sont touchés et, chez les plus vulnérables, la mortalité atteint 30 %. Le point positif vient de la bonne tenue du genre dominant (Acropora), qui, expliquent les biologistes de l’expédition, a bien résisté aux épisodes de blanchiment de 1998. Enfin, concernant le corail, l’expédition revient avec une belle liste de dix nouvelles espèces, aux îles Gambier.

L’aventure de Tara n’est pas terminée, de nouveaux résultats suivront à coup sûr. Et il faudra quelques années de travail pour les analyser tous…

La goélette Tara au mouillage dans la baie d’Opunohu, à Moorea, une île voisine de Tahiti. © A.Amiel / Kahika i/ Tara Oceans

Le Tara en escale à la Réunion

 

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